Serait-ce pour combler l'absence de réponse à la question existentielle ?
Coucou toi,
Ceci n’est pas une newsletter très classique. Aujourd’hui, je vous écris depuis un autre lieu que mon studio. A 900 mètres d’altitude, propulsé par l’urgence vitale de partager avec le plus grand nombre une grande nouvelle, je prends la plume alors que la maison que j’occupe est vidée de ses habitants, partis vaquer à des occupations sportives ou culturelles. Je dois dire que si j’écoutais ma mécanique interne, je m’assoupirais pour un énième petit somme : il pleut des cordes, et la pluie a cet effet narcoleptique sur moi.
Je sors de la lecture d’un très mauvais opus de Marc Dugain, qu’on finit pourtant, tel un menu Big Mac tiède. Bref, je suis d’humeur bivalente.
Le mec parle de lui à la 3ème personne, c’est la terrible sentence de celui qui décide de nommer son projet par son prénom suivi de son nom. Mais il s’avère que oui, mon EP “a Better Man”, oeuvre signée en solo et pourtant réalisée en collectif, est chroniquée (élogieusement) dans Rock’n’Folk, la revue qui a bercé ma vie, et surtout la relation que j’ai entretenue avec mon père. Ce fut le canal de communication privilégié de nos conversations de passionnés de “rock-country-folk-mettez-les-dans-des-cases-je-m’en-cogne”.
Tous les mois, mon père recevait Rock’n’Folk, qu’il pleuve, qu’il vente, mais surtout que nous soyons à Wokingham ou au Brésil. Tous les mois, je me jetais sur les petits filets “Télégrammes” pour savoir si on y parlait de mes 3 groupes préférés de mon adolescence : The Jayhawks, Golden Smog ou Wilco. Je regardais aussi les chroniques de fin de magazines, pour voir s’il y avait un disque qui retiendrait mon attention. Mon père les achetait tous, quoi qu’il arrive, j’aurais donc l’occasion de me faire mon idée par moi-même.
J’ai toujours eu énormément de respect pour les avis de Rock’n’Folk. Car, même lorsqu’ils ont descendu des opus de mes artistes préférés, j’avoue avoir été chafouin mais pas étonné. Nous avions été déçus, ensemble.
Plus tard, sur le campus de mon école de commerce (oui, Sao Paulo,… école de commerce, ça fait pas chien de la casse, j’avoue), je me prêtais à l’exercice de la chronique rock, avec plus ou moins de succès. C’est là que je me rendais compte que cet art en est un, et qu’il faut une sacrée culture pour chroniquer des albums en les rapprochant d’autres artistes, influences, etc. On peut toujours s’inspirer des dossiers de presse concoctés par ceux qui font la promo des artistes, mais pour moi, “c’est tricher”. Comme pour Rock’n’Folk, dont on sent qu’ils ont écouté les 5 titres de “a Better Man”, avec attention, puisque la chanson qui retient leur attention n’est pas du tout celle mise en avant par nos communiqués de presse. Cela ne fait que confirmer le respect que j’ai pour ce magazine.
Voici la chronique de l’EP :
Je devrais vouloir m’arrêter là, au moins me satisfaire de ce superbe succès. Mais, comme la nostalgie qui s’empare de nous lorsqu’un pâté croûte disparaît sous les coups de fourchette d’une maison pleine à craquer, je ressens déjà la frustration d’en vouloir plus, encore. Encore et encore.
Je souhaiterais transformer ce bel essai qu’est la réussite de cet EP en opportunités de CONCERTS LIVE pour pouvoir jouer (avec les copains, et pour vous, public de plus en plus massé autour de ces “mélodies accrocheuses”) et, en fait, commencer à gagner ma vie (sobrement).
Bon, je sais que ça ne saurait tarder mais c’est tellement frustrant de savoir que les concerts ne se feront pas avant le début de l’été (au mieux). Je contemple la pluie depuis ma fenêtre et le temps s’étire en une plainte qui me donne des envies de me former à la comptabilité fournisseurs pour tuer le temps. C’est dire.
Pourquoi tu te plains ? Moi je sais. Parce que face au vide d’un programme peu rempli, je flippe. Et j’ai la prétention de penser que nous sommes tous faits de ce vertige du vide. Et que, si je dois tirer le fil un peu plus encore, je pense que c’est le résultat de notre peur de la mort, du temps qui s’arrête, et de l’impossibilité de savoir pourquoi nous sommes sur cette Terre.
J’en parlais avec le rédacteur en chef de l’excellent Longueur d’Ondes, Xavier Martin. J’ai un petit penchant pour le projet d’individuation porté par Jung, et probablement que je l’aime parce qu’il me rassure. Il me fait croire que nous sommes invités à conduire un projet unique sur cette Terre. Tant mieux, parce que sinon je pense que la réponse serait “à quoi bon”.
Bref : je m’active le popotin pour distiller de la musique dans vos oreilles, ça m’évite d’entre en bad. Je crois qu’il y a pas plus rock que ça. Jouer sur cette ligne de crête un peu folle.
Plutôt que de dauber sur Marc Dugain en lisant vous aussi cette bouse qu’est “Tsunami”, je vous invite à poser vos oreilles sur le single de mon frérot, aka Fontanarosa, qui a sorti un super clip pour cette occasion, filmé dans un salon, au coin du feu, comme un hommage discret à George Harrison (les connaisseurs comprendront) :
Et bam, famille de zicos, dans ta face.
A la semaine prochaine !
Marc Verwaerde
...