Il est 18h53, nous sommes lundi 19 juin, j’émerge d’une perte de connaissance suite à mon retour à Paris. Je ne sais pas comment j’ai fait pour monter les escaliers qui mènent à mon studio. J’étais au bout du rouleau, vraiment.
Pourtant, la frite, je l’avais, hier !
Hier, dimanche 18 juin, après avoir compté les moutons un milliard de fois, je me suis réveillé en pleine excitation à l’idée de la journée qui s’annonçait pour moi. J’allais tourner mon premier clip de ma vie, et tous les sentiments traversaient mon corps tendu : l’angoisse de ne pas être à la hauteur, l’appréhension que les membres de l’équipe de tournage soient eux-mêmes tendus, l’excitation qu’ils soient excités et moi assez (ou pas assez), l’effervescence d’idées qui s’étaient offertes à moi pendant la nuit,… bref, un état de nerfs complètement imperceptible, comme je sais très bien me contenir. C’est pas pour rien qu’on m’appelle la force tranquille (si vous pouviez voir à l’intérieur…).
Mais dès les premières minutes dans la voiture qui nous menait à Charleroi, j’ai compris que j’étais entre de bonnes mains. Les mains de deux expertes de la santé mentale, pour qui rien ne se jouait lors de cette journée d’autre que le plaisir de créer. Ma cousine Marie, soutien des premières heures de ma nouvelle vie, et son amie Céline Danloy, exerçant la même profession que Marie, et amatrice talentueuse de photographie-vidéo et d’exploration urbaine, alias “Urbex”, la visite de bâtiments laissés à l’abandon (je vous en avais parlé dans une newsletter précédente).
Nous nous rendions donc à Charleroi, sur les lieux d’une usine abandonnée, là où la photo que j’avais choisie pour illustrer mon album a été prise. Tourner “a Better Man” là-bas, pour moi, c’était un beau cadeau à moi-même.
Lors du tournage, nous avons parlé de déconstruction / reconstruction, d’ombre et de lumière (thème cher à Carl Jung), d’enfermement dans l’étroitesse de la pensée et de largeur de vue et prise de recul, et nous avons essayé de montrer à quel point la chanson a Better Man parle de ça. Que tout ce qui nous touche peut nous faire grandir, pour peu qu’on souhaite le faire. Cette adversité, si on y fait face, nous amène à la lumière.
Céline et Marie en savent quelque chose. Mon expérience elle aussi m’a apporté cet éclairage.
J’espère que le clip pourra évoquer ce voyage.
Des frites, des frites, des frites
Ce week-end fut donc belge à nouveau (j’y suis souvent ces derniers temps!), en compagnie de personnes qui ont embrassé l’exploration de la psyché humaine pour en faire le champ de leurs compétences, pour aider les autres à aller mieux. Ces deux endroits (géographiques et relationnels) sont toujours pour moi une occasion de me sentir “à la maison”.
Voilà ce que font vos psys quand vous n'êtes pas dans leur cabinet.
J’adore passer mon temps à écouter ces passionnés passer le réel au prisme de leurs connaissances. De la même manière, j’adore déambuler dans ces rues faites de maisons de brique cossues, de larges ouvertures et de quelques étages seulement. La hauteur des bâtiments compte quand on veut se sentir “à la maison”. Les imposantes façades haussmaniennes racontent une toute autre histoire à mon sens.
De la même manière, alors que nous passions et repassions sur le “ring” de Charleroi pour les besoins du film, il fallait que je reste concentré et taiseux sur la route (pour les besoins du film). Alors je divaguais dans mon esprit, et pouvais à loisir comparer les abords de la ville délaissée aux quelques souvenirs que je peux avoir du nord de l’Angleterre (un mariage à Birmingham), et aux références qui peuplent mon imaginaire fanatique des 4 garçons dans le vent (de Liverpool) ou de 2 frères qui passent le plus clair de leur temps à s’insulter (à Manchester). Là-bas, à Charleroi, je me sentais chez moi, parce que l’architecture m’évoquait ces musiques-là.
Et là-bas, j’ai mangé des frites à tous les repas : vendredi soir au Vauxhall de Bruxelles (puis au Burger King avec 3 pintes dans la tronche, j’avoue tout), samedi midi à Frites Atelier, samedi soir à la maison (mais les frites de la friterie évidemment). Et dimanche soir, chez Franz. Quelle aventure !
Frites Atelier (le nom est à chier, mais les frites sont inoubliables)
Quel voyage ?
Là, je m’arrête quelques instants avec vous. Votre vie, la concevez-vous comme un voyage ou comme autre chose ? Si vous deviez la définir, vous emprunteriez le champ lexical de la route, du chemin, de la voie, vous aussi ?
C’est une question que je me pose : quel est notre dénominateur commun quand on en vient à évoquer nos vies ? De mon côté, le voyage est évident, mais l’est-il aussi pour vous ? Et voyez-vous ce voyage intérieur ou aussi extérieur ? Quand vous définissez la chronologie des événements de votre vie, la géographie fait-elle tout ou partie de celle-ci ?
De mon côté, j’ai trouvé mon chemin : le voyage intérieur doit absolument s’accompagner de déplacements. Je ne peux pas m’immobiliser ou me sentir prisonnier d’un lieu. C’est la réalisation à laquelle je suis parvenu de mon expérience belliloise d’un an et demi ainsi que de ma vie à Paris depuis 17 ans. Si je reste en place, je meurs un peu à l’intérieur. Si un événement vient chambouler ma vie, il faut que je bouge. C’est vital.
Pour vivre, j’ai besoin de bouger. Ca peut être en bougeant de lieu de résidence (un déménagement de lieu tous les 1,7 ans en moyenne depuis ma naissance), ou en voyageant. Le voyage à titre professionnel est une bonne façon de m’imaginer m’installer quelque part de fixe, tout en pouvant parcourir des kilomètres avec ma guitare.
Qu’est-ce que ça vous évoque, vous ? Qu’est-ce qui vous met en vie ?
