Il y a quelques mois de cela, sur je ne sais quel canal de communication, j’annonçais à la TERRE ENTIERE (les majuscules ont-elles leur importance ?) que c’était décidé, je serais le premier gars de la pop qui n’aurait pas de style, et que ça serait mon style. Cette newsletter pour vous dire que je m’étais menti (et donc qu’en toute bonne foi je vous avais menti aussi : serait-ce alors un mensonge ? d’autres experts du verbe en parlent mieux que moi).
Ce week-end, je suis monté à Londres, en prenant The Eurostar. Tellement, mais tellement heureux de pouvoir monter à nouveau dans ce train à grande vitesse, de m’enfouir sous la Manche via un tunnel qui a ruiné mes parents à l’époque (je parle des actions Eurotunnel, pas de mes origines calaisiennes). Déboucher à Saint Pancras, renifler à pleins poumons l’air marin de la capitale (vicié de pots d’échappement de voitures roulant à gauche et donc tellement exotiques). Heureux de débarquer à 12.30 dans un pub et de commander un fish and chips avec une Carling. Heureux aussi (surtout !) car tellement bien accompagné.
Ce week-end à Londres était un “trip down memory lane”. 20 ans auparavant, je me rendais là-bas pour les mêmes raisons, avec mon ami Pierre. Nous logions alors dans une charmante bicoque du Kent, propriété de Daniel Turner, ami rencontré sur Internet grâce au forum du groupe dont je suis encore le plus grand fan français (n’en déplaise à ceux qui croiraient me surpasser en la matière : c’est juste impossible). Je parle évidemment des Jayhawks (dont j’ai déjà mentionné le nom dans des newsletters précédentes, et au rythme où va l’adhésion à ma plume d’écrivain, je pense que vous êtes déjà tous informés de l’existence de ces drôles d’oiseaux par de précédentes saillies manuscrites). Dan était là, nous nous sommes serré la main : il avait forci, j’avais perdu mes cheveux. Normal.
The best band ever stars at Shepherd's Bush
Le groupe quant à lui se représentait sur les planches du Shepherd’s Bush Empire, une des salles mythiques de Londres, située à quelques mètres à peine d’un lieu qui abrita un barbecue dominical mémorable en 2006, lendemain d’une soirée non moins mémorable à hurler de rire sur un canapé dans un salon exigu où nous étions 6 entassés à pouffer sur le chant des dauphins de “Dolphins’ Smile” des Byrds (oui car ça peut faire penser à autre chose que des sourires de dauphins quand on est un peu éméché). Tout ça pour me la péter et vous dire que j’ai vécu à Londres (enfin, à Ealing) et que c’est là que j’ai compris que ma vie serait musicale.
“Il va arrêter un peu son errance, là ?” (oui, ça vient, ça vient)
Le lendemain, Stéphanie et moi entamions notre pèlerinage pédestre sur les lieux de crimes passés : Camden Market (qui n’a plus rien à voir, mais c’est quand même sympa de s’y balader), via le Regent’s Canal qui partait du pied de notre résidence éphémère. Puis Edgware Road à la recherche désespérée d’un Indien, pour se rendre compte que le quartier avait décidé de switcher son offre sur le libanais. Rattrapage à Angel dans un Izakaya pour se délecter d’un donburi à 23h00 dans cette ville qui dort un peu moins que Paris.
Le lendemain, escale sur les bords de la Tamise (pour un burger de boeuf et de poulet ENSEMBLE, décidément mon bilan carbone est nul à chier cette année) et visite de la Tate (où j’ai eu une révélation, sujet principal de cette newsletter - Dieu que cette intro est longue), puis Trafalgar Square (où j’avais vu il y a 30 ans des punks, et où quelques gothiques tentent vaguement de porter le flambeau, n’y croyant guère), et enfin Covent Garden, ChinaTown, et enfin Soho. Où tout ça nous mène, je ne sais pas.
A la Tate j’ai compris que j’avais un truc à aller creuser dans la couleur
Mon cheminement pédestre et intellectuel
Quand je suis tombé sur tous ces drapeaux d’Etats africains SANS COULEURS, j’ai compris à la fois l’importance du design monochrome ET celui de la force de la couleur. Evidemment, le bleu Klein présenté dans la salle juste avant avait dû me mettre la puce à l’oreille (et les conversations intenses autour du bleu Matisse vs bleu Klein aussi), mais je pense que c’est LA que j’ai SU : la couleur (ou son absence), c’est un véhicule intense de symbolique et d’émotions.
Alors, me voilà à arpenter les rues de Londres avec ce prisme en tête et à comprendre ce qui fait la beauté de cette ville : le graphisme est partout. Depuis des siècles. La police qu’utilisent les pubs pour afficher leurs noms, leurs armoiries,… et évidemment toutes les échoppes, la couverture des livres de poche… tout y passe. En arpentant Soho, me voici happé par cette devanture : je demande donc à Stéphanie de me prendre en photo. On aurait peut-être dû consacrer plus de temps à cette séance improvisée de 15 secondes tant les couleurs sont exactement ce que je recherchais inconsciemment depuis longtemps. Pas grave, avec Aimery <3 , on trouvera de quoi s’amuser aussi mardi, à Paris.
Avec les lunettes mieux placées sur le nez et sans manteau ni hoodie, on était bon : c'était la bonne !
Bref, dans tout ce périple fantastique et inspirant que fut ce week-end londonien, j’ai retenu une chose : on ne badine pas avec le visuel et la couleur, c’est bien trop précieux.
PS : Il y a aussi tout un tas d’enseignes Prêt à Manger, à Londres. C’est une info importante à retenir.
